Gaston LE BOURGEOIS

Artiste décorateur plus qu’animalier, ou animalier qui ne se considérait pas réellement comme tel, Gaston Le Bourgeois (1880-1956), qui fut aussi un sculpteur de Figures , se familiarise très tôt avec les outils de sculpteur dans l’atelier de restauration de son père ; celui-ci travaille pour les monuments historiques et lui fait partager son goût pour la sculpture du Moyen Age. Spécialiste de la sculpture sur bois et de la taille directe, imagier du XXe siècle, amateur de matériaux divers , il s’inscrit néanmoins pleinement dans la modernité du XXieme siècle. Son style puissant et rugueux donne à ses œuvres une vraie présence que renforce son sens de la monumentalité. Dès 1910, de grands commanditaires parisiens, comme Jacques Doucet, le remarquent au Salon des Artistes Décorateurs où il présente de curieux poteaux surmontés de chats sculptés en bois. Il y expose régulièrement des lambris qui représentent des animaux. Son goût pour la décoration le mène à collaborer avec Henri Rapin, à la réalisation du Pavillon de la Manufacture de Sèvres, lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925. Le but est de mettre en avant un renouvellement de la production de cette vieille institution, en l’ouvrant à la modernité. Pour cela, de nombreux artistes contemporains sont invités à réaliser divers éléments de l’ensemble. Les animaux stylisés de Le Bourgeois sont alors mis à l’honneur dans le Jardin du Pavillon où la fontaine centrale d’Henri Bouchard est encadrée, d’un côté, par deux Autruches monumentales en grès, modèle de nos pièces, et de l’autre par deux Béliers, également en grès. La Manufacture, à la suite du succès de l’Exposition, effectuera des réductions de quatre autres sculptures de l’artiste, présentes dans le Jardin : un Chat, un Chien, un Renard et un Lapin. L’artiste devient par la suite professeur à l’Ecole de l’Union Centrale des Arts Décoratifs. Le modèle de l’Autruche fera l’objet du rachat des droits en 1926 par la Manufacture, et donnera lieu à une édition très restreinte. En plus des deux Autruches de 1925, seuls 5 autres exemplaires furent réalisés entre 1928 et 1930. Une des explications de ce nombre très limité de grès concerne les difficultés techniques appliquées à des pièces de telles dimensions (plus de 1 mètre de long). Les lignes très stylisées et géométriques de ces oiseaux se rattachent parfaitement au contexte de l’Art Déco, qui trouva de nouvelles inspirations dans l’épanouissement des formes cubistes. Les formes de l’artiste s’inscrivent dans l’esprit des recherches géométriques des frères Martel à la même époque, avec lesquels Le Bourgeois a collaboré lors des travaux de la chapelle du paquebot Normandie.