Alternate Text

Auguste TREMONT ( 1893 - 1980 )

POULAIN (1923)

Bronze, richly dark red brown patina.
H : 31,4 cm, L : 26,3 cm, D : 8,7 cm
Artist edition signed "Trémont", cast by "C.Valsuani, cire perdue" (seal)- beautiful example.
Circa : 1930-1940

Auguste Trémont (1893-1980) s’initie à l’art par le dessin en suivant ses premiers cours à l’École d’artisans de l’État à Luxembourg. En 1909, il intègre l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris où il obtient brillamment son diplôme en 1912 ce qui lui permet de poursuive sa formation à l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier de Gabriel Ferrier. Alors qu’il effectue un séjour au Luxembourg, il est surpris par la première guerre et trouve alors un emploi de dessinateur industriel à la sidérurgie Arbed de Dudelange.

Après la guerre, il reprend en dilettante ses études à l’école des Beaux-Arts de Paris, car ce sont les animaux sauvages du Jardin des Plantes qui désormais le passionnent. Interrogé plus tard par les critiques d’art sur son choix en faveur de la sculpture animalière, Auguste Trémont répond : «Parce que c’était la tâche la plus difficile».

Il apparait parmi les exposants du Salon d’Automne en 1923 avec deux dessins de fauves, soit seulement un an après l’exposition par Pompon de son Ours blanc. Le succès est au rendez-vous notamment avec son Chimpanzé, d’abord picturalement présenté sous forme de pastel et de peinture en 1924, avant d’apparaître sous sa forme sculpturale en bronze à la cire perdue en 1927.

Désormais, il participe à de nombreuses expositions annuelles. Au Salon des Tuileries de 1930, il présente un Bison et un Éléphant d’Asie en bronze. On découvre aussi ses nouvelles créations au côté de celles de Petersen, Godchaux, Jouve, Pompon, à la Galerie Edgar Brandt en 1929 et en 1930. Il en profite pour se rapprocher de ces confrères animaliers en tant qu’invité du Groupe des Douze, fondé en 1931. Le sculpteur reste également très lié à ses origines luxembourgeoises.

Il est cofondateur du Salon de la Sécession au Luxembourg auquel il contribue en qualité d’exposant de 1927 à 1929. Il obtient en 1931 la commande des lions monumentaux placés devant l’Hôtel de Ville de Luxembourg. En 1936, il réalise des bas-reliefs en bronze pour le portail de la cathédrale Notre-Dame du Luxembourg. Il sera aussi retenu pour édifier la sculpture centrale du Monument dédié aux Victimes de la Guerre 1940-1945 de l’Église de Diekirch, inauguré en 1955.

En 1956, il représente le Grand-Duché de Luxembourg à la Biennale de Venise avec sept de ses sculptures. Il retourne définitivement au Luxembourg en 1976 dont le musée Nationale d’Histoire et d’Art conserve aujourd’hui tout un ensemble d’œuvres animalières.

Avec le Poulain, nous nous trouvons en 1923 aux origines de la sculpture animalière d’Auguste Trémont. On y reconnait déjà les caractéristiques d’un art maîtrisé, né de l’observation, de la recherche d’un essentiel presque inspiré de l’antique Babylone.

Dans ses visites quotidiennes au Jardin des Plantes, ce qui l’a immédiatement fasciné, ce sont les fauves, les éléphants et les singes. On ne connait que très peu de modèles d’animaux européens dans son répertoire. Seuls les cervidés (Cerf de France, Salon d’Automne 1944) et les équidés semblent y trouver place.

À la même époque, il réalise un Jeune cheval, marchant tête baissée et un autre poulain proche du nôtre dont la tête est légèrement inclinée sur le côté et les jambes plus écartées. Notre Poulain a une stature bien droite, oreilles dressées, campé sur des jambes peu écartées. Trémont est un adepte de la ligne droite qui donne force et tempérament à son modèle. La tête est ici fièrement placée dans le prolongement du corps. Cependant si l’on regarde de plus près, on remarque que le sabot arrière gauche est positionné sur la pointe. À l’image de son Chimpanzé ou de son Couple de tigres, ses animaux sont le plus souvent en marche ou si cela n’est pas le cas, il existe toujours l’esquisse d’un mouvement qu’il choisit avec attention, mouvements de tête, de pattes, de sabots…

Auguste Trémont ne fait pas le choix d’une esthétique lisse et stylisée dans la ligne pure défendue par Pompon, Petersen ou Profillet avec lesquels il expose à la Galerie Brandt. Il opte pour un modelé vibrant avec des reprises et de délicates hachures sur une surface qu’il retravaille à loisir dans la cire avant le moulage chez son fondeur Attilio Valsuani. Cependant, il évacue l’anecdote en traitant la crinière et la queue de son poulain par de simples traits pour l’un et par un volume bombé pour l’autre. Dans sa recherche de la matière et du rendu des masses, il se rapproche plus d’un sculpteur comme Paul Jouve avec ses grands félins en 1914. Avec Trémont, nous sommes en présence d’un sculpteur de caractère qui ne s’est pas laissé encadrer par un mouvement formel, comme le Cubisme ou l’Art Déco.

L’animation de surface visible sur cette épreuve, la qualité de l’empreinte rendue par le travail minutieux de Valsuani en association directe avec le sculpteur et la rareté du modèle confirment notre analyse que ce bronze est un tirage d’artiste. Les liens entre l’artiste et son fondeur furent si étroits que le sculpteur réalisa le buste de la femme du fondeur.

Auguste TREMONT