James PRADIER
( 1790 - 1852 )
DANAIDE (1850)
Probable commande privée.
Marbre de Carrare blanc, qualité statuaire.
Haut : 32,3 cm, Long : 20,4 cm, Prof : 19,9 cm
Exemplaire d'époque ou posthume, signé "J. Pradier", taille précise et soignée, oeuvrée ou finie par "E. Lequesne" (1815-1887), élève favori et praticien du sculpteur dans les dernières années : rarissime en cette qualité de taille et de matériau.
Circa (1850-1855) - avant 1887.
Detailed Description
La Danaïde (1850) fait partie des dernières études féminines de Pradier. Elle a été modelée à l’époque où, en comparant lui-même sa production ancienne à ses nouvelles investigations dans l’intimisme féminin, « il se reprochait de n’avoir cherché que la reproduction banale des fruits trop mûrs ou des roses effeuillées, et d’avoir dédaigné, sans la comprendre, la poésie du fruit vert ou du bouton rose »[1]. Ici, par la composition du sujet et la nudité intime dévoilée dans le marbre par un érotisme subtil, nous sommes, avec cette variante impudique de la Danaïde , probablement une commande privée, clairement dans la nouvelle catégorie. C’est une des caractéristiques du Romantisme que ces œuvres intimistes, légères parfois coquines, soit diffusées discrètement, c’est ce que l’on appelait alors l’Art de Cabinet. Elles étaient à regarder en compagnie très privée, il y avait notamment les gravures et les aquarelles d’Achille Deveria et de Paul Gavarni, mais la plus célèbre d’entre elles est L’Origine du Monde de Gustave Courbet, qui a été jusqu’à son achat par le musée d’Orsay, dérobée aux regards, cachée d’un tissu ou masquée derrière une autre peinture non licencieuse. Du fait de sa composition, le marbre de Pradier ne demande pas de procédé de dissimulation, conséquence de la composition de la sculpture, de la délicatesse de l’artiste et de son talent dans la taille du matériau.
Cette virtuosité est parfaitement tangible ici par la finesse des détails de taille, le satiné des carnations, les volumes amples de la poitrine et la souplesse du ventre de cette Danaïde, remplissant dans un geste sans fin sa jarre percée[2]. Il est à notre connaissance par son traitement un des sujets les plus « osés » produits par un des grands sculpteurs du XIXe siècle, et par Pradier, incluant le plâtre original de Satyre et bacchante (1830) conservé au musée des Beaux-Arts de Lille.
[1] Jules Salmson, Entre deux coups de ciseau, Paris, A. Lemerre éditeur, 1892, p. 192.
[2] Fille du roi Danaos, la Danaïde est condamnée pour avoir assassiné son époux lors de sa nuit de noces sur ordre paternel et doit subir aux Enfers le supplice éternel de remplir un tonneau percé. Ce châtiment absurde symbolise la pénitence infinie et l'inutilité de l'effort. Mais ce sujet mythologique permet surtout à Pradier d'étudier le nu féminin à travers une pose alliant fatigue et résignation : elle demeure ainsi l'allégorie universelle d'une tâche épuisante et sans fin.
3 Les exemplaires de la Danaïde sont alors parfois revêtus de la marque de Salvatore Marchi, avec pour les plus anciennes la date de 1852.
4 Satyre et Bacchante, pour quelques exemplaires ; Les Trois Grâces avec l’exemplaire de Louis II de Bavière, puis Femme mettant son bas, Odalisque, Pandore (1855) et La Toilette d’Atalante.
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