NEWS
"Calder. Rêver en équilibre" Exposition | Fondation Louis Vuitton
En effet, le visiteur sera subjugué par le foisonnement d’œuvres rassemblées (presque 300 numéros au catalogue). Le parcours est chronologique, des prémices de la pratique artistique de Calder à son ultime période ; mettant avant les amitiés, influences et grands projets qui ont jalonné une carrière presque idyllique. L’exposition est organisée pour l’anniversaire de la venue de Calder à Paris en 1926 et met ainsi en avant ses affinités européennes. Elle débute avec la présentation d’une des principales œuvres manifestes de l’artiste, la « Veuve noire » (1948).
Ce jeune ingénieur en mécanique commence ses premières expérimentations à New York au sein d’une famille d’artistes, avant de déménager à Paris. Un ensemble de dessins Animals (1926) montre que Calder possède déjà une vision synthétique et puissante de la forme. Le trait, la ligne, le fil de fer, tout est presque présent dès le début. Calder, qui illustre également les représentations du show-cirque Barnum pour des revues, propose une version poétique de son propre cirque miniature (1926-1931), un spectacle de marionnettes améliorées par des systèmes mécaniques avec fils de fer (l’ingénieur en lui est ici bien présent) qui sera filmé et mis en musique, devenant la première performance de l’Histoire de l’Art à laquelle Calder convie des amis à participer. Chaque représentation est ainsi unique par le choix des numéros, le scénario qui évolue, la personnalité des « invités » qui animent les marionnettes.
A cette époque dans les années 1930, Calder dépouille certaines figurines pour ne garder que le fil de fer, d’une pureté remarquable, presque un dessin qui prend vie en fonction de l’éclairage, (encore une influence du monde du cirque et des effets de scéniques). Mais l’artiste qui est aussi sculpteur par ailleurs, explore d’autres voies, comme la taille directe sur bois (1928-1929), avec des animaux qui rappellent la manière d’Ossip Zadkine. Un autre grand nom est présent discrètement tout au long de l’exposition : on ne peut occulter le rôle joué par les recherches de son contemporain, Pablo Picasso dans ces décennies 1930 et 1940, explorateur de toutes les voies d’expression, de la figuration à l’abstraction. De ces logiques de recherches, Calder s’empare d’une curiosité insatiable : s’il propose depuis ses buts artistiques des figures en fils de fer, il sera aussi fortement influencé par son amitié avec Piet Mondrian qui donne lieu à des études sur les couleurs et l’abstraction. En écho, on retrouve également les œuvres de Fernand Léger et Joan Miro. Les éléments des premiers mobiles tels que nous les connaissons sont donc là : le fil ; la couleur par la forme ; le mouvement par l’effet scénique suspendu. « Mobiles », le terme pour désigner les sculptures suspendues de Calder apparait pour la première fois avec Marcel Duchamp à l’occasion d’une exposition personnelle en 1932. Le nom désigne à la fois l’effet technique choisi mais aussi l’effet sensoriel produit par cette œuvre pleine de vie. C’est probablement cet aspect universel de son œuvre qui a largement contribué à son succès.
Le succès est ainsi au rendez-vous et ne quittera désormais plus Calder jusqu’à la fin. La réalisation d’une fontaine dite du mercure en 1937 pour le pavillon espagnol l’Exposition Universelle de Paris place l’œuvre de Calder sur la scène artistique mondiale ; l’œuvre étant donnée par l’artiste à la toute nouvelle Fondation Miro. Les commandes publiques afflueront jusqu’à sa mort en 1976.
L’artiste aurait pu s’arrêter là mais il a soif d’explorer de nouvelles façons de s’exprimer, que ce soit au sein de la famille des « mobiles » ou sur d’autres médiums à travers la peinture et les bijoux (dont la Fondation montre ici une formidable sélection). C’est sans doute pour cette seconde partie de l’exposition que la qualité de la sélection est la plus flagrante : une immense salle avec une quinzaine de mobiles en tous genres, de toutes tailles et couleurs. Elle est synonyme de la richesse de l’exploration de Calder, du sol au plafond, de l’intérieur vers l’extérieur où ses mobiles-arches gagnent le paysage. Cette recherche correspond à son installation dans une propriété à la campagne dans le Connecticut, ouverte sur la nature.
L’exposition présente ainsi l’ensemble d’une œuvre à la fois complexe et simple, pure et élaborée, pour un artiste dont la carrière peut presque être considérée comme « un long fleuve tranquille ». En effet, la vie privée et artistique de Calder semble prospère contrairement à de nombreux confrères tout au long de l’agité XXe siècle. Calder bénéficie également relativement tôt des volontés sur soft power américain soutenant ses artistes contemporains, avec des grandes expositions et achats muséaux de leurs vivants.
Catalogue : PAGE Suzanne, BUCHHART Dieter, HOFBAUER Anna Karina (dir.), Calder. Rêver en équilibre, catalogue de l’exposition (Paris, Fondation LVMH, 15 avril au 16 aout 2026), Paris, Hazan, 2026.
Dr. Charline Bessiere