blog

NEWS

Exposition | Michel-Ange Rodin Corps vivants | Musée du Louvre

Le Musée du Louvre accueille jusqu’au 20 juillet 2026 l’exposition « Michel-Ange Rodin Corps vivants », consacrée aux grands maitres de la sculpture. Cette exposition est issue d’un partenariat exceptionnel entre le musée Louvre et le musée Rodin de Paris.

Il faut ainsi saluer le rassemblement d’une centaine d’œuvres diverses effectué collectivement par les deux musées. L’intitulé de l’exposition s’attache à mettre en rapport l’œuvre et des réflexions autour de ces maîtres pour la figure humaine, même si au cours de la visite, l’idée d’architecture est également évoquée pour la Porte de L’Enfer et le Jugement dernier. L’exposition est d’une certaine manière un prolongement de l’exposition « Le corps et l’âme. De Donatello à Michel-Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance » qui s’était tenue au musée du Louvre en 2020-2021 et où les esclaves de Michel-Ange récemment restaurés étaient déjà présentés.

Un premier constat concerne le corpus du maître toscan. Peu d’œuvres de Michel-Ange peuvent sortir du territoire italien, ce qui est en partie compensé par une profusion de dessins couvrant l’ensemble de sa carrière, avec des planches provenant des collections du musée du Louvre mais aussi du cabinet des dessins de Berlin. La sélection de l’exposition compte également des œuvres d’autres artistes proposés en rapprochement, notamment contemporains de Michel-Ange. Ces œuvres annexes et comparatives mettent aussi remarquablement en lumière la délicate histoire des attributions, notamment avec un ensemble de terres cuites de Gregor van der Schardt longtemps attribuées à Michel-Ange (Florence, Casa Buonarroti).

L’exposition est aussi l’occasion de redécouverte de certaines œuvres habituellement cantonnées aux réserves : c’est le cas par exemple de deux figures en terre cuite de Rodin représentant la Sculpture grecque et la Sculpture de la Renaissance (Paris, Musée Rodin), où transparait le contrapposto pour l’un et la ligne serpentine pour l’autre, rappellent la gestuelle générale de l’Adam.

L’exposition à la fois monographique et comparative amène à découvrir les deux artistes sous l’angle des thèmes représentés, de la technique, du contexte de création, du choix des formats ; du rapport à leurs contemporains et enfin à la question du mythe et du génie du sculpteur : comment devient-on un mythe de son vivant ou postérieurement ? Quels facteurs y participent ? 

On comprend dès les premières salles que les commissaires d’exposition ont voulu rendre cet ensemble accessible au plus grand nombre : ceux connaissent peu les carrières de ces sculpteurs s’y retrouveront ; tout comme les connaisseurs-amateurs. Les spécialistes se referont au catalogue pour nourriture leurs propres réflexions concernant les rapprochements opérés. Le visiteur, débutant ou confirmé, sera saisi dès l’entrée par cette forêt de figures aux lignes puissantes et expressives mais aussi par certains rapprochements comme l’Adolescent accroupi indiqué de l’entourage florentin (Londres, V&A Museum) et la Femme accroupie de Rodin (Paris, Musée Rodin).

Ce programme florilège annonce un grand nombre de pistes approchées (légitimes mais trop nombreuses peut-être ?) allant du détail iconographique du casque à la thématique de la main de l’artiste. La mise en évidence plus appuyée aussi de grandes différences, volontaires, esthétiques et techniques aurait également pu enrichir davantage le propos (au sujet du non finito avec de nombreuses remarques de Ophélie Ferlier-Bouat ; des limites modeleur/tailleur).

La première partie de la scénographie présente une grande densité d’œuvres, dont l’observation est compliquée par la circulation des espaces. Le propos ne peut être bien entendu exhaustif dans l’espace et le temps limité de ce cadre mais si on nous présente l’entourage artistique de Michel-Ange, la figure de Rodin apparaît ici moins replacée parmi les siens : de même, la mention du « maillon » Carpeaux aurait pu également être plus intégré à cette exposition au regard de l’importance du corpus de dessins autour des maîtres renaissants qu’ils laissent mais aussi de l’importance de son Ugolin, sous influence romaine, indispensable à la compréhension de la conception du Penseur de Rodin.

Si la visite de l’exposition laisse un flottement dans la mise en évidence du fil directeur de création, construction, appréhension du mythe du sculpteur chez ces deux géants à travers les œuvres ; la consultation du catalogue apporte un véritable complément, car il offre un angle supplémentaire qu’est la postérité bibliographique et historiographique, aspect peut-être moins souligné au cours de l’exposition pour favoriser son approche plus grand public. Un catalogue à mettre également en perspective avec le brillant ouvrage introductif sur le sujet, « Rodin vu d’Italie 1880-1930 » par Barbara Musetti (Paris, Mare & Martin, 2017).

ARIOT Chloé, BORMAND Marc (dir), "Michel-Ange Rodin Corps Vivants", catalogue de l'exposition (Paris, musée du Louvre, 15 avril - 20 juillet 2026), Paris, Musée du Louvre | Gallimard, 2026.