Auguste RODIN
( 1840 - 1917 )
SAINT JEAN-BAPTISTE
Bronze à patine brun sombre richement soutenu
H : 19,6 cm L. 12,5 cm P. 5,3 cm
Épreuve ancienne signée «Rodin», fonte et édition ancienne de Thiébaut avec l’inscription gravée «Thiebaut frères, Fumière et Gavignot Successeurs» (rachat du fond et des droits Thiébaut par Fumière et Gavignot en 1898), tirage de quatre épreuves, celle-ci très probablement la première (ou la seconde?), fondue en 1899 (compte de primes du 4 février ou du 9 décembre 1899), frappé en dessous en chiffre «200» ( Prix de vente 200 frs ?) et gravé «4» (nombre d’épreuves?).
Fondue en 1899
Provenance : Vente Sotheby’s New-York (6 octobre 1989), ancienne collection Knoedler and Co.
Références d’exposition du modèle : Salon de 1880 (Plâtre, Grandeur originale) (1878)
Detailed Description
« Un matin, on frappe à l’atelier ; je vois entrer un Italien accompagné par un de ses compatriotes, qui avait déjà posé pour moi. C’était un paysan des Abruzzes arrivé la veille de son pays natal, et qui venait se proposer comme modèle. En le voyant, je fus saisi d’admiration ; cet homme fruste, hirsute, exprimait dans son allure, dans ses traits, dans sa force physique, toute la violence, mais aussi tout le caractère mythique de sa race. Je pensai immédiatement à un Saint Jean-Baptiste, c’est-à-dire à un homme de la nature, un illuminé, un croyant, un précurseur venu pour annoncer plus grand que lui. […] Je n’ai fait que copier le modèle que le hasard m’avait envoyé. » Dujardin-Beaumetz, Entretiens avec Rodin, 1913, p. 65.
Il s’agit là du début d’une collaboration de plus de vingt ans, puisque Pignatelli devient rapidement le modèle privilégié de Rodin. Son anatomie et expressivité lui inspireront plusieurs figures majeures de son œuvre, telles Ugolin et certains de ses Bourgeois de Calais. Certains ont pu également voir Pignatelli derrière Le Serf de Matisse (1900-1903) ; ce-dernier peint en tout cas son portrait en 1903 (Portrait de Bevilacqua). Le plâtre du Saint Jean-Baptiste est réalisé plus grand que nature, à plus de 2 mètres de haut — en réponse aux accusations de moulage que lui ont valu L’Age d’Airin l’année précédente — et exposé au Salon en 1880 (n°6691). L’année suivante, Rodin expose l’exemplaire en bronze l’année suivante, qui est acquis par l’Etat et aujourd’hui conservé au musée d’Orsay.
Le 4 avril 1898, Rodin signe avec Fumières et Cie, successeur de Thiébaut Frères, un contrat d’édition de dix ans pour le Saint Jean-Baptiste. 3 réductions seront réalisées : 80 cm, 50 cm, et 20 cm. Notre Saint Jean-Baptiste est l’un de seulement 4 épreuves de cette réduction n°3 — dont deux sont réalisées en 1899 et deux en 1903—, très probablement la première au vu de la simple inscription gravée du fondeur et non d’un cachet. Une autre épreuve est acquise directement par la collectionneuse américaine Alma de Bretteville Spreckels (1881-1968) par l’intermédiaire de la danseuse Loie Fuller (1862-1928) ; elle l’exposera au Palais de la Légion d’Honneur de San Francisco, qu’elle fonde en 1924, dès son ouverture. A Paris, le musée Rodin conserve un exemplaire de la réduction n°2, ainsi que le plâtre (désormais dénué de sa tête et de ses bras pour devenir L’Homme qui marche).
Par la grande finesse du modelé et la sensibilité de la cisure, notre Saint Jean-Baptiste évoque la splendeur des bronzes de la Renaissance. Rodin représente ici son sujet nu, sans ses attributs traditionnels, incarnant ainsi l’ascétisme du prophète. Son doigt levé vers le ciel évoque son prêche dans le désert. Rodin renouvelle donc une iconographie traditionnelle en en proposant une interprétation plus directe, puissante et presque brutale de la figure, lui conférant une force expressive inédite et une musculature saisissante. Œuvre fondatrice de la modernité, elle inspire profondément les artistes des générations suivantes, et notamment Alberto Giacometti (1901-1966), comme en témoignent les livres, cartes postales et photographies annotés de l’œuvre retrouvés dans son atelier.
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