Alfred BOUCHER
( 1850 - 1934 )
L'HISTOIRE NUE
Paroi esquissée, crénelée dans la partie supérieure, taillée sur tranche.
Marbre statuaire.
H : 104.5 cm, L : 46.4 cm, P : 27 cm
Marbre signé «A Boucher» dans le motif en bas et à gauche.
Avant 1934
Provenance : Exemplaire de l’artiste, conservé chez lui, Villa des Colonnes à Aix-les-Bains ; acquis en 1943 par le grand-père des précédents propriétaires avec la Villa et resté dans la famille jusqu’en 2026 ; collection UDB.
Trois marbres et un plâtre sont identifiés aujourd’hui par monsieur Piette, celui-ci étant, avant signature, à l’origine du plâtre de présentation visible sur une photo de l’atelier (A 59-5 du catalogue raisonné) ; A59-6 avec paroi en hémicycle ; inv UDB 161107 pour la réduction, paroi crènelée décroissante et non finito à la base du pied droit.
Cet exemplaire, taillé dans un marbre blanc de qualité statuaire, est un bon candidat pour être le premier et le modèle des deux autres.
Detailed Description
C’est après un nouveau séjour à Rome qu’il conçoit ses œuvres les plus emblématiques et modernes, toutes deux acquises par l’État pour le Jardin du Luxembourg: Au But en 1886 et À la Terre en 1890. Parmi les commandes officielles pour la ville de Paris, on peut citer le Monument à Eugène Flachat (1897) et l’Inspiration pour la façade du Grand Palais (1900). Il joua également un rôle essentiel dans la promotion de jeunes talents étrangers, peintres ou sculpteurs, en édifiant dans la plaine Vaugirard, La Ruche, offrant à ceux-ci un toit et un espace de création pour un loyer modique. Les peintres Chagall, Modigliani, Soutine, mais aussi les sculpteurs Archipenko, Zadkine, Lipchitz y conçurent leurs premières créations parisiennes.
Aujourd’hui, au-delà de ses nombreuses commandes et achats officiels, la notoriété de Boucher tient à sa pratique virtuose du marbre. Il est connu pour être l’auteur de tailles directes en marbre et ne travaillait qu’épisodiquement avec des praticiens. L’État fit l’acquisition de trois marbres importants, celui du Repos en 1892, de la Volubilis en 1897 pour le musée du Luxembourg et de La Pensée en 1907, déposée au musée du Petit Palais. Il compose alors un nouveau monde autour du nu féminin où le corps est limpide, sensuel, fluide, où la pose fige un mouvement naturel. Dans la continuité de Carpeaux, il aime la complexité de la torsion des corps. En arrière-plan, ses sujets prennent une dimension universelle, avec des thématiques telle que la douleur, le souvenir, la postérité…
L’Histoire nue s’inscrit dans cette quête d’un absolu d’éternité. Elle nait de l’évolution de La Philosophie de l’Histoire, haut relief, qu’il présente pour la première fois au Salon de 1898. La Philosophie prend les traits d’une femme nue, vue de profil, la tête juvénile regardant vers le ciel, sa chevelure déliée, plaquée sur la stèle. Avec L’Histoire nue, la figure féminine se mue en auteur, prenant du recul sur l’histoire de l’humanité. Ce marbre non-dédicataire, saisissant par sa monumentalité, par la sensualité du dos de la jeune femme, reste le gardien d’une stèle sans lettres apparentes, laissant un espace à notre imaginaire, à notre histoire personnelle. Le sculpteur en joue et nous incite à l’écriture en animant la surface de la paroi par un jeu délicat de lignes horizontales, entrecoupées de sections verticales. Alfred Boucher use d’un non finito à la Michel-Ange pour rattacher subtilement le corps de cette allégorie à la stèle. En donnant une épaisseur à son non finito, il crée une distance entre le corps nu et la paroi. L’effet voulu et obtenu est celui d’une vraie ronde-bosse. La femme nous apparait ainsi dans la globalité de sa nudité. La virtuosité du sculpteur s’exprime à travers une taille experte qui donne vie et souplesse à un corps parfait, ainsi que par le choix raisonné d’un marbre statuaire de la plus haute qualité.
D’après Monsieur Jacques Piette, auteur du catalogue raisonné du sculpteur, il n’existerait que deux autres marbres, réalisés sur ce thème: celui de moindre proportion (H : 64,4 cm, L : 31,5 cm), avec une paroi décroissante et un non finito à la base du pied droit (ancienne collection Univers du Bronze, inv. UDB 161107) et un autre marbre qui diffère des nôtres par une stèle moins naturaliste, se terminant par une demi-sphère décorative.
Dans son ouvrage, Monsieur Piette publie une photo de l’atelier de l’artiste sur laquelle figure un plâtre non signé très semblable à notre marbre. Il s’accorde pour dire que ce plâtre est un moulage, réalisé à partir de notre marbre, avant signature du marbre. De toute vraisemblance, notre marbre, initiateur, serait le premier réalisé de ce sujet et aurait donné naissance aux deux autres versions connues aujourd’hui. Particulièrement attaché à ce marbre, le sculpteur décide de le conserver dans sa villa, construite à Aix-les-Bains en 1917. À la suite du décès de l’artiste, les acquéreurs de la villa l’achetèrent avec certaines œuvres restées dans les lieux dont cet exceptionnel marbre, transmis au sien de la même famille pendant plusieurs décennies.
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