Anne-Marie PROFILLET

Fille d’officier [1], Anne-Marie Profillet naît à Rennes où son père Julien-Joseph est en garnison. Cadette de six enfants, elle suit sa famille de poste en poste au gré des nominations de son père qui est commandant. D’un caractère énergique et indépendant, elle est aussi studieuse et achève brillamment ses études en obtenant un 20/20 en Français au baccalauréat. Comme elle présente des dons particuliers pour le dessin, sa famille décide de lui faire suivre des cours à l’École d’art et de dessin de la rue Madame, sous la direction du peintre L.F. Biboul (1874-1947), particulièrement célèbre pour ses tableaux de nus. Peu en accord avec ce maître trop académique, elle le quitte pour intégrer l’École Nationale des beaux-arts où elle s’inscrit à l’atelier du sculpteur Navellier et se lie avec le sculpteur Artus.
En 1926, elle fait ses débuts à la fois au Salon des artistes Français avec Étude d’âne (cat.n°3639) et au Salon d’automne avec Pigeon-paon (cat.n°1837) dont le modèle lui sera acheté par la Manufacture de Sèvres qui l’éditera. L’année suivante, elle est atteinte de pleurésie qui mettra un coup d’arrêt provisoire à son travail. En 1929, comme elle travaille tous les matins au Jardin des Plantes elle finit par se lier avec le sculpteur François Pompon dont elle devient une intime et qui va désormais l’orienter dans ses travaux. Elle va adopter le style lisse de son maître où les détails ne sont plus que de légères indications. Pompon, qui vient de perdre sa femme, éprouve une grande tendresse pour la jeune fille qu’il invite régulièrement chez lui, en particulier le samedi où toute une foule de mondains et de jeunes artistes se presse chez lui. En février 1931, un groupe de jeunes artistes issus de la Société des Artistes Animaliers Français se rapproche de lui pour former le Groupe des Douze Animaliers Français en réaction à la Société des Animaliers qui, sous la direction de G. Gardet, est jugée trop conservatrice. Cette scission conduira à la dissolution de la Société et à la création des Douze Animaliers Français [2] qui regroupe tous ceux qui se retrouvent dans la manière de travailler de Pompon, élu Président. La première exposition a lieu du 2 au 14 mars 1932 à la galerie G. Petit. Anne-Marie Profillet participera aux deux salons de ce groupe qui sera dissout en 1933 après la mort de Pompon.
C’est à partir de cette époque qu’elle va connaître son plein épanouissement en réalisant des œuvres de plus grand format en taille directe et en pierre de toutes sortes (Hyène, Jaguar, Panthère) pour l’Exposition Coloniale de 1931. Profillet voyage en Italie, aux Pays-Bas, en Grèce et en Espagne, et présente régulièrement ses œuvres au Salon d’Automne.
En 1938, la mort de sa mère, avec qui elle avait toujours vécu, la plonge dans le chagrin. Désormais solitaire, elle connaît des moments de dépression et une rechute grave de sa maladie des poumons qui lui vaut d’être hospitalisée. Elle meurt le 6 juin 1939, deux jours après une opération, laissant dans son atelier un groupe de Chats-huants inachevé. Sa sœur lègue une trentaine de ses sculptures au Musée de Vire.
L’œuvre de Profillet se déroule sur une très courte période, de 1926 à 1939, avec des sujets lisses à partir de sa rencontre avec Pompon en 1929. Travaillant très peu pour l’édition (elle n’a produit que le Faisan chinois chez Susse et ce Caneton en deux dimensions, les deux modèles très peu tirés car rarissimes), ses bronzes sont essentiellement des épreuves d’artiste auxquelles elle apportait un grand soin.

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[1] Anne-Marie Profillet, fille de Julien-Joseph Profillet (1852-1929), polytechnicien, et de Jeanne Julie Marie Lechartier (1863-1938).
[2] La Société des Artistes animaliers Français est dissoute le 26 mars 1931 après la démission de 10 membres de son bureau. Aussitôt se crée autour de François Pompon, président, le Groupe des Douze animaliers français qui comprend les membres fondateurs Jane Poupelet, Adrienne Jouclard et Anne-Marie Profillet, Paul Jouve, vice-président, Charles Artus et Jean-Claude Baugnies de Saint-Marceau, secrétaires, André Margat, trésorier ainsi que Georges Hilbert, Marcel Lemar, Gaston Chopart, André Margat, et enfin Georges Guyot. Le siège social de l’association est situé au 3 rue Campagne Première à Paris et elle a pour but d’organiser chaque année une exposition regroupant des artistes peintres, graveurs et sculpteurs animaliers ayant adopté un même style contemporain proche de celui de Pompon. En 1931, l’exposition a lieu à la galerie G.Petit, la seconde et dernière a lieu du 8 avril au 8 mai 1832 à la Galerie Ruhlmann en hommage à Jane Poupelet, décédée la même année. La mort de Pompon en 1933 met fin à l’association qui sera reprise plus tard et sous une autre forme par E.-M.Sandoz.