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Auguste RODIN ( 1840 - 1917 )

AGE D'AIRAIN (1875-1877)

Petit modèle - 2ième réduction (H.Lebossé, novembre 1904)
Bronze à patine brun sombre  richement nuancéHaut : 64,8 cm, Long : 20 cm, Prof : 20 cmÉpreuve authentique signée "A.Rodin", marque de "Alexis Rudier fondeur Paris", cachets intérieurs en relief  "A.Rodin" et "M" (probablement pour musée Rodin) - beau tirage. Provenance musée Rodin (1922), Baron Morimura, Tokyo (1923)... Jan Krugier Genève, Galerie Jan Krugier-Ditesheim & Cie, N°JK 7514 (étiquette), Galerie Ditesheim & Mattei Neuchatel, Udb 211104.
Fondu en 1922

L’Âge d’Airain est la première figure grandeur nature par laquelle Rodin va se faire connaître, d’abord auprès de ses pairs, puis de l’Administration des Beaux-Arts, des critiques, et des amateurs enfin comme un des espoirs de sa génération.
Le jeune artiste modèle sa sculpture entre 1875 et 1877. Il la conçoit comme « une étude de nu, une bonne figure, correcte de dessin, précise de style et ferme de modelé ». Lors de son premier voyage en Italie en 1876, il découvre des similitudes avec le David de Donatello, et se montre plutôt satisfait de son travail, bien avancé mais non achevé.

L’Âge d’airain s’inscrit dans l’esprit des œuvres néo-florentines de la seconde moitié du XIXe siècle, le David de Mercié, le Chanteur Florentin de Dubois, le Vainqueur au coq de Falguière et plus tard L’Arlequin de Saint Marceaux.

Mais la sculpture de Rodin apparaît surtout comme résolument moderne car, contrairement à celles de ses confrères, il évite l’anecdote et élimine les « ustensiles & accessoires » courant au  XIXe siècle, ce qui confère à son œuvre un caractère intemporel.  Il représente simplement un homme qui s’éveille à la vie, avec un mouvement de jambes encore indécis, mais une musculature qui se précise dans le torse et le ventre, tandis que les bras qui s’élèvent au-dessus de la tête renforcent l’attitude d’éveil ou de naissance à la vie…

Son étude est apparemment tellement proche de la perfection que, lorsque le plâtre est exposé « grandeur nature » au Salon de 1877, Rodin se fait accuser d’avoir moulé le corps de son modèle, Auguste Neyt un jeune belge de vingt ans, et d’avoir voulu tromper le jury. A cette époque, c’est une accusation grave pour un jeune artiste qui essaye de s’imposer. Pour se disculper, il fait intervenir des confrères qui le suivent dans sa manière de travailler (Boucher, Dubois, Falguière, Carrier-Belleuse, etc.) et le scandale retombe. L’Etat lui en commande même une épreuve[1] en 1880. Il s’agit de l’exemplaire[2] conservé au musée d’Orsay.

Au début du XXe siècle, Rodin est dans une logique d’agrandissement et de réduction, il en fait exécuter deux réductions, le moyen modèle[3] en 1903-1904,) et le petit modèle au tiers de la grandeur en novembre 1904. Il ne s’agit pas de réductions seulement mécaniques, mais de modelages retravaillés par son praticien Henri Lebossé.






ÉDITION ÂGE D’AIRAIN PETIT MODÈLE

La réduction au tiers de la grandeur date de novembre 1904.
Cinq exemplaires sont fondus du vivant de Rodin entre 1907 et 1917 par Alexis Rudier, la deuxième épreuve pour Auguste Neyt (catalogue des bronze 2007 ALR).
Il est répertorié aussi quelques vingt-sept exemplaires fondus entre 1918 et 1968 par Alexis puis Georges Rudier, tous non numérotés comme ceux de Rodin[4].

NOTRE BRONZE  « M »

Notre exemplaire est revêtu du cachet intérieur habituel « A. Rodin » qu’Eugène Rudier apposait avant la fonte et du beaucoup plus rare cachet « M » apposé de la même manière en relief chez le même fondeur :  M pour musée probablement précise l’ouvrage de référence du dit musée.

Le catalogue des bronzes de 2007 précise aussi que, dans les collections publiques, il n’est répertorié qu’une dizaine de pièces[5] avec ce « M ». Cette marque, la seule qui permette de distinguer un tirage de l’époque d’un bronze posthume, ne semble n’avoir été utilisé que pendant quelques années (circa 1920-1925 ?).

Notre exemplaire a été fondu en 1922. Il  est vendu le 23 janvier 1923 au Baron Morimura[6] de Tokyo)Puis, on le retrouve plus tard dans la collection de Jan Krugier, de sa galerie et de celle de son associé avant qu’ UDB n’en fasse l’acquisition.




[1] Ce premier exemplaire est représenté avec une feuille de vigne : au Second empire et au début de la IIIe République, sous la pression catholique, le marché de l’art est devenu prude, comme en témoigne de scandale de la Danse de Carpeaux, et les nudités étaient le plus souvent masquées.

[2] Le succès est à la hauteur de l’importance que Rodin attachait à ce modèle, plus de 26 bronzes sont tirés de son vivant sans limitation ni numérotation. Puis, quelques vingt-huit exemplaires suivent, produits par le musée, non numérotés aussi pour s’inscrire dans la ligne éditoriale du sculpteur ; soit plus de cinquante-quatre exemplaires (chiffre actuel non définitif).

[3]  L’Âge d’Airain, moyen modèle, première réduction (H.:104 cm) dont le tirage est essentiellement posthume : trois épreuves en bronze d’époque et une vingtaine d’exemplaires entre 1953 et 1972 (les cinq derniers numérotés de 8 à 12).

[4] Le catalogue raisonné montre que le musée Rodin a surtout pratiqué la numérotation après la mort de Rodin pour les bronzes inédits et d’une manière non systématique. Pour ce qui est des modèles déjà produits par Rodin, la politique a été originellement de suivre celle du sculpteur et de ne pas numéroter. Cela semble en tout cas avoir été la position du premier conservateur du musée Rodin.

[5] Le catalogue raisonné des bronzes du musée Rodin répertorie une dizaine d’épreuves dans les collections publiques, trois au musée Rodin à Paris, sept au musée de Tokyo et une dans l’ancienne collection Matsbaum, (l’initiateur de la collection de musée de Philadelphie qui en conserve aussi un certain nombre avec le même cachet

[6] Le musée répertorie aussi deux autres sujets achetés par ce collectionneur, le lion qui pleure, et le Saint Jean-Baptiste (moyen modèle) ; personne à mettre en relation probable avec la Fabrique de Porcelaine Noritake fondée en 1876 par le Baron Ichizaemon Morimura IV
 

Auguste RODIN