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Joseph BERNARD ( 1866 - 1931 )

JEUNE FILLE A LA CRUCHE.

Bronze, richly shaded brown patina.
H : 63,5 cm, W : 20,7 cm, D : 30 cm
Artist edition signed "J. Bernard", numbered "10" cast by "C. Valsuani Cire Perdue Paris" (seal, 28 examples cast for the artist) - beautiful example.

Fils d’un tailleur de pierre, J. Bernard, qui présente peu d’intérêt pour les études, quitte très tôt l’école pour accompagner son père sur les chantiers où il l’aide à restaurer les monuments médiévaux de Vienne. Il réalise alors des travaux qui le font remarquer et qui lui font obtenir une bourse d’études à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon en 1881, puis à celle de Paris en 1887. Inscrit dans l’atelier de Cavelier, il n’est guère assidu, car il n’apprécie pas le modelage en vogue à l’époque, et consacre l’essentiel de son temps à la peinture et au dessin. En 1891, il abandonne les études, subit un temps l’influence de Rodin, et commence à exposer au Salon en 1892. 

 Il s’installe à Cité Falguière de 1909 à 1912, où il côtoie Modigliani, Brancusi, Czaky, et pour conserver son indépendance artistique, refuse de travailler comme praticien pour ses confères et prend un travail la nuit. Il se consacre à son art durant le jour et devient avec Brancusi un des fervents adeptes de la taille directe ; avec le monument à Michel Servet de Vienne, il produit une des plus grandes tailles directes jamais produites en France par un sculpteur au XXe siècle, sinon la plus grande.

À l’époque où, dans un académisme pléthorique mais déclinant, la sculpture est personnalisée par Rodin, la Jeune fille à La cruche apparait dans sa modernité, par la simplification et la géométrisation des formes, comme une ouverture vers l’abstraction. Elle est déjà une réaction à Rodin par la douceur du modelé et la fluidité de la ligne emmenée ici par l’allant du bras gauche. Le jeune artiste applique aussi à la sculpture les préceptes de Cézanne en peinture de décomposer la nature en sphères, cônes et tubes : on le voit ici dans le traitement de la cruche, de la chevelure, des bras et des jambes. 

Si Maillol devient célèbre avec la Méditerranée au Salon de 1905 et Bourdelle le chef de l’Ecole française avec l’Héraclès du Salon de 1910, Joseph Bernard, qui a eu un début de carrière plutôt lent, les rejoint dans la notoriété avec la Jeune fille à La cruche qui représente l’évènement du Salon de 1912.  Le succès se confirme, car Walter Pach la sélectionne pour L’Armory show de 1913 à New-York où elle figure à côté de Maillol, Brancusi et Marcel Duchamp. 

Devenue emblématique du sculpteur, elle remporte aussi un succès éditorial immédiat avec la production de l’esquisse par A.A. Hébrard (50 exemplaires annoncés, au moins 40 tirages) dont la galerie consacre à Bernard sa première exposition personnelle en 1908. L’artiste, souvent en froid avec son éditeur dont il trouvait qu’il payait mal, édite lui-même la réduction du modèle du Salon chez le fondeur Valsuani (50 exemplaires annoncés, 28 tirages répertoriés).
 

Joseph BERNARD