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Jean-Baptiste CARPEAUX ( 1827 - 1875 )

"PREMIER PROJET POUR L’OPÉRA GARNIER"  (1865)

"Drame Lyrique et la Comédie légère" (first sketch)
Original terra cotta with pinkish patina
H : 20,7 cm, L : 13,2 cm, D : 6,2 cm
Red wax seal "Propriété Carpeaux" and label with family provenance "Premier projet pour l'Opéra", last group on the front of the Opera on the right, which was finally commissioned to J.-J.Perraud.

D’après la fille du sculpteur, Carpeaux parle pour la première fois d’une commande de Charles Garnier pour l’Opéra dès le 25 décembre 1863 ; mais à l’époque il s’agirait d’après elle d’une sculpture assise, destinée au vestibule du bâtiment. C’est seulement le 17 août 1865 que l’artiste reçoit la commande officielle du ministre des Beaux-Arts, pour une des sculptures de la façade du nouvel Opéra :

« Monsieur Carpeaux est chargé de la sculpture d’un des groupes qui doivent décorer le bas de la façade du nouvel Opéra. Ces groupes, composés de trois personnages avec accessoires, auront 2,60 m de haut et seront en pierre d’Echaillon ; une somme de 30 000 F. est allouée pour ce travail... »

On ne voit aucune précision, ni dans le nombre des groupes ni dans le sujet. De fait, ce sont quatre allégories, dont Charles Garnier précise la nature pour chacune : un Génie ailé pour couronner deux personnages, qui s’inscrivent dans la verticale des colonnes de la façade, une « sculpture-architecture » pour accompagner son travail. Quatre génies pour couronner huit effigies sur les deux extrémités du monument : respectivement le Chant et la Musique, la Poésie lyrique et la Poésie légère, la Danse amoureuse et la Danse bachique, et enfin la Comédie légère et le Drame.

 F. Jouffroy (1806-1882) et E. Guillaume (1822-1905) traitent deux premiers reliefs ; après la défection de J. Cavelier (1814-1894) et une hésitation entre J.-Bte. Carpeaux et J.-J. Perrault (1819-1876) pour l’attribution des deux dernières allégories, la Danse, qui est seulement bachique, et qui deviendra La Danse tout court échoit à Carpeaux[1]. Il en fait la sculpture que l’on connaît, une « sculpture-décor » à neuf personnages qui se déploie en débordement sans préoccupation de l’architecture, mais avec l’accord admiratif de Garnier.

Le Drame lyrique et la Comédie légère seront finalement traités par J.-J.Perrault, l’auteur du Désespoir, qui pense d’abord, avant d’accepter, que « s’il excelle dans le morceau, il ne voit pas l’ensemble ». C’est à cette hésitation que l’on doit cette esquisse originale de Carpeaux, la première d’un ensemble de trois, la seule en terre cuite. Les deux autres, en plâtre, (ill. ci-contre) sont conservées au musée d’Orsay. Le musée des Beaux-Arts de Valenciennes conserve aussi un dessin où apparait un quatrième personnage à terre qui ne figure pas dans ses esquisses sculptées et qui est très proche de celui du modèle définitif de Perrault (ill ci-dessous).

Dans La vérité sur l’œuvre et la vie de Jean-Baptiste Carpeaux, la fille du sculpteur évoque cette étude :
« C’est tout d’abord l’esquisse de deux personnages debout et drapés, surmontés d’un génie inspirateur et offrant des plans vigoureux que mon père soumettait à son camarade et que celui-ci refusait nettement, évoquant l’absence de mouvement de la composition ». Carpeaux propose peu après à Garnier ces deux projets supplémentaires, dont un sur fond d’architecture.

Ce sont les plans vigoureux, la profondeur et la puissance du modelé qui retiennent d’abord l’attention ; l’intelligence dans les indications ensuite : l’aspect sombre et chapeauté du Drame lyrique qui se tient le menton pensif ; la jambe droite de la Comédie légère qui revient derrière l’autre, le bras gauche posé sur les hanches ; et enfin la monumentalité qui se dégage déjà du groupe malgré les petites dimensions du modèle, etc.
Dans ses développements, l’auteur de l’Ugolin et de La Danse aurait-il traité seulement du Drame Lyrique ou de la Comédie légère et laisser libre cours à son imagination ?  Ou aurait-il conservé les deux dans la composition initiale pensée par Garnier ? Se serait-elle alors dissoute dans l’architecture de la façade comme ce fut le cas pour les trois autres de ses confrères ?  
De fait, il semble difficilement conciliable pour un sculpteur, aussi talentueux soit-il, de traiter dans cette base d’entre colonne de 4,20 mètres de haut la Danse bachique & la Danse amoureuse ou le Drame lyrique & la Comédie légère sans tomber dans le poncif académique XIXe siècle, avec « accessoire » comme précisé dans la commande officielle.  

 La terre cuite est revêtue du cachet de cire de la Propriété Carpeaux, ce qui signe une provenance familiale tout comme l’étiquette accompagnatrice qui en définit le sujet : « Premier projet pour l’Opéra ». C’est à notre connaissance le seul témoignage direct de la main de Carpeaux que nous ayons de ce sujet traité finalement par Perrault d’une manière académique (ills ci-contre.).


[1] Nous devons cette fois à la chute du Second-Empire d’avoir pu conserver la Danse de Carpeaux devant l’Opéra, car devant le scandale qu’elle a engendré, son remplacement était prévu par l’Administration impériale avant l’inauguration par Napoléon III et Eugenie ; il avait été alors demandé à Charles Gumery de faire très rapidement une autre Danse (ill) qui est aujourd’hui conservée au Musée des Beaux-Arts d’Angers ; un groupe « sculpture-architecture », traité dans un esprit parfaitement académique et qui s’inscrit dans la plus parfaite continuité des trois autres de la façade ; prête à installer, elle ne le fut pas en raison de la Guerre de 1870, de la Commune et de la mort de Gumery.

 

Jean-Baptiste CARPEAUX