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Chana ORLOFF ( 1888 )

MATERNITÉ    (1924)

Smooth cement sculpture.
H : 63,5 cm, L: 37,1 cm, D : 31,5 cm
Artist edition, former Jean Paulhan collection, friend and support of the sculptor.
Circa: 1930

Notre premier contact avec l’œuvre de Chana Orloff remonte à l’acquisition de son recueil de gravures de bois de fil - bois travaillé dans la hauteur du matériau -, onze portraits édités par d’Alignan en 1919, sous l’influence de son ami et graveur cubiste Émile Laboureur, qui apparait dans le recueil Figures d’aujourd’hui. Nous avions alors été frappés par la simplicité et la puissance synthétique du trait, l’accord profond avec le matériau, qui se retrouve développé d’une manière magistrale en trois dimensions dans ses sculptures, appliquant alors peut-être, aussi d’une manière large, la théorie des profils de Rodin.
Au cours d’un demi-siècle, son œuvre est riche de plusieurs périodes. Après la Grande Guerre, la tentation du cubisme d’abord, qui évolue vite vers une figuration indépendante, où une multiplicité de lignes diffuse la lumière, tandis que des traits à valeur volumétrique définissent les volumes lisses.

Avec les affres de la Guerre, qui l’ont touchée de près, le choix d’un modelage plus classique, à la boulette, où tout en vibrations inquiètes, annonce une seconde période avec une grande diversité de sujet, comme La Paix de 1944, qui mène parfois jusqu’à l’abstraction, comme dans les Inséparables (1955).
Jean Paulhan tient un rôle important dans la carrière de cette artiste qui a déjà réalisé son portrait en bois gravé en 1923. Soutien artistique, il conserve notamment dans sa collection la Maternité en ciment et la Maternité couchée ici exposées. Soutien critique, en tant que directeur de la NRF au moment de la parution de sa première monographie chez Gallimard en 1927. Soutien moral quand il récupère, lors de la Seconde Guerre Mondiale, des papiers importants dans l’atelier de Chana déserté. Et aussi, soutien croisé entre les deux amis, puisque Chana emmène en exode, vers la Suisse, Sala, la femme alors malade de l’écrivain. La Paix ou la Colombe, qui provient également de la collection Paulhan, témoigne bien de cette relation forte de « pratique d’amitié » chère aux deux artistes qui dure jusqu’à leur disparition commune en 1968.

Dans cette approche, nous avons été conquis par l’emploi du ciment pour porter l’œuvre, matériau hélas trop peu usité en sculpture, parfaitement adapté à cette Maternité par le velouté qu’il lui insuffle... Nous avons aimé la puissance transcrite par la masse de la terre dans la Maternité couchée avec son aspect granité qui lui donne cette intemporalité archaïque. Bref, nous avons été séduits par l’originalité de l’artiste qui est à la fois dans sa création et dans la matérialisation choisie.
 

Chana ORLOFF