Chana ORLOFF

Née en 1888, elle est d’abord couturière, avant qu’une rencontre avec Modigliani, au sein de l’atelier de Marie Vassilieff, ne lui donne l’occasion de s’intéresser au modelage et à la sculpture. Elle propose dans ses premières œuvres le souvenir d’une sculpture aux surfaces lisses et souples mais où les traits caractéristiques du modèle choisi par Chana Orloff perdurent, encrant son œuvre dans la réalité. Cette femme juive se rend alors régulièrement dans ce qui deviendra le futur état d’Israël, tout en démarrant une carrière internationale étonnante, alors que les Beaux-Arts de Paris avaient refusé sa candidature pour intégrer ses bancs, car son style est jugé dangereux et provoque son rejet. Qu’importe, elle continue de développer sa manière et s’intéresse particulièrement au portrait. Amie de Germaine Richier depuis la Grande Guerre, elle instaure d’ailleurs un dialogue artistique entre elles, avec un nouveau traitement de la matière et des surfaces. Elle acquiert le statut de portraitiste recherchée, grâce à la vérité psychologique de ses œuvres, ce qui l’amène à côtoyer l’intelligentsia parisienne : Apollinaire, Aragon, Tristan Tzara… Elle s’intègre parfaitement au cercle de l’École de Paris.  Cette sculptrice autodidacte, mais bien entourée, subit de plein fouet les fracas qui secouent l’Europe dans la première moitié du XXe siècle, qui lui pourtant inspirent une sculpture à la fois tendre et expressive, apaisée et réfléchie, sur des sujets contemporains, comme la guerre, l’exil ou encore la tendresse maternelle.  La reconnaissance, que Chana Orloff obtient progressivement après la Grande Guerre, et la stabilité financière, durement acquise pour cette jeune mère veuve, lui permettent d’acheter un morceau de terrain dans le XIVe arrondissement où l’un des principaux lieux de vie artistique des années 1930 est en train de naître : la Villa Seurat. Elle demande alors à l’architecte Auguste Perret d’imaginer une maison-atelier, où elle pourrait s’installer avec son fils, travailler en toute sérénité et accueillir ses nombreux amis qui vivent aussi dans le voisinage, comme Jean Lurçat, Salvador Dali ou Chaïm Soutine. L’artiste fuit la capitale pendant la Seconde Guerre Mondiale et trouve refuge en Suisse auprès de Germaine Richier et Alberto  Giacometti. Spoliée, Chana Orloff récupérera l’atelier à son retour en France mais intensifie ses séjours dans l’état naissant d’Israël.  Une série d’expositions lui est alors consacrée à New York (1947), Chicago puis en Israël (1952), à Haïfa, Jérusalem et enfin Tel Aviv, qui restera attachée à son travail. Elle y bénéficiera d’une première rétrospective en 1961 et d’une seconde en 1969, après sa mort. Chaque voyage est encore une fois l’occasion d’enrichir sa Galerie de portraits. Les musées, au-delà des expositions, envisagent l’achat d’œuvres pour étoffer leurs collections contemporaines, comme la Galerie Nationale d’Oslo, qui acquiert en 1951 la Jeune fille à la natte. Durant les années 50 et 60, elle est sollicitée à de nombreuses reprises par l’État israélite, pour la réalisation de monuments publiques, car sa sculpture supporte de manière remarquable le grand format et rend particulièrement hommage à l’Histoire et aux valeurs de la jeune Nation. Ce fut le cas, par exemple, pour L’oiseau blessé en 1963 et la Colombe de la paix, en 1965, à Jérusalem, dont nous présentons une réduction dans notre exposition.